RÉALISATION D’UNE BÉTCHETTE

réalisation d’une Bétchette
Echelle 1/2
par les étudiants de l’école du Val d’Aisne
section menuiserie

Une « Bétchette ». Un bien beau nom, déjà en lui-même une invitation au voyage. Et des voyages, elles en ont fait, les bétchettes. Ainsi, ces bateaux de rivière longs et à fond plat, de taille variable, étaient utilisées pour le transport essentiellement de marchandises dans le massif famenno-ardennais. On les rencontrait en particulier dans le bassin de l’Ourthe et ses rivières Vesdre, Amblève, Salm et… Ourthe, bien entendu. Avec pour principaux lieux de départ et arrivées Liège d’un côté et, plus près de nous, Bomal de l’autre. Ces bétchettes étaient l’un des moyens de transport les plus usuels afin de déplacer des matières premières telles que minerais et bois. Elles permettaient aussi l’expédition de produits finis de l’industrie liégeoise.

Leur forme était particulièrement adaptée à ces cours d’eau au débit parfois abondant et au lit souvent parsemé de rochers effleurant quasi aux endroits de faible profondeur. En outre, la forme haute de leur étrave permettait le franchissement des barrages. Elles étaient mues par halage.

Dès la réflexion envisagée autour de la création du canal de l’Ourthe, les bétchettes étaient pressenties en tant que moyen de transport privilégié sur cette voie d’eau. Un rôle qu’elles ont joué à la perfection, des décennies durant, permettant l’essor commercial et artisanal ou industriel d’une région qui jusque-là en était, du moins partiellement, dépourvue. Au niveau « immatériel » aussi, ces bétchettes créaient tout un engouement, une atmosphère, une animation.

Puis est venue l’installation d’une ligne de chemin de fer dans cette zone. Ce qui a signifié le début du lent déclin de l’utilisation de bétchettes qui, in fine, n’auront pas longtemps survécu à l’arrivée du 20 siècle.

L’histoire de cet objet emblématique de notre territoire allait donc disparaître ? C’était sans compter sur le GAL Pays de l’Ourthe et plus précisément son projet « Filière bois », dont le propos est de mettre en valeur les savoir-faire des métiers du bois. Mme Isabelle Mélon, du GAL Pays de l’Ourthe, a bien senti les choses quand elle a évoqué le thème des bétchettes lors d’une agréable visite, voici un an environ, dans notre école du Val d’Aisne.
Et voilà qu’au Val d’Aisne, Mme Mélon venait de faire la connaissance de M. Patrice Kozmin, professeur de menuiserie et passionné de navigation ne reculant devant aucun défi, et certainement pas celui qui se présentait à lui sous la forme de la réalisation d’une bétchette à l’échelle ½.

Tout ce petit monde (rejoint ensuite par l’Asbl Lire au fil de l’Ourthe, le Contrat Rivière Ourthe et le SPW Direction des Espaces Verts) était donc fait pour se rencontrer et mettre les élèves dans les meilleures conditions.

Début de l’actuelle année scolaire, ils ont tous donc embarqué dans cette belle aventure : sélectionner le bois, préciser les bordereaux de commande, gorger d’eau le bois afin de le rendre plus « façonnable », mettre à mesure, assembler… Autant de compétences figurant dans leur programme habituel, mais fomentées dans un projet quant à lui si inhabituel que sans conteste ils n’auront pas une seconde fois dans leur vie l’occasion d’en réaliser un semblable.

On entend parfois prétendre que les jeunes ne respectent plus grand-chose. Qu’ils n’ont que faire de notions telles que patrimoine, histoire ou transmission d’un savoir-faire. Les étudiants de l’école du Val d’Aisne sont en passe de démontrer l’exact contraire.

Une gratitude provinciale qui percole jusqu’à vous, M. Kozmin. Car si votre actuel projet est assurément exceptionnel de par l’ampleur de la tâche et les retombées en termes d’image qu’il va générer pour notre école, ce n’est pas pour autant qu’il constitue, pour vous, une première en matière d’initiative permettant à vos élèves d’avoir un rayonnement en dehors du Val d’Aisne. Ainsi, en ne considérant que le passé récent, la construction de jeux en bois permettant aux élèves de notre école primaire spécialisée de Forrières de passer de plus sereines récréations, c’était votre classe. Pareil équipement pour notre ludothèque provinciale, c’était votre classe. Les échasses pour notre bibliothèque, c’était votre classe. La réalisation d’une porte-fenêtre et de châssis dans le cadre d’un projet humanitaire porté par notre internat de Briscol, c’était… encore votre classe.

Non seulement une école du bois, mais aussi une école de vie.