Journées des dictionnaires – Point presse

LE DICTIONNAIRE, UN ASCENSEUR SOCIAL…

Parmi les figures classiques du dessin d’humour avec le dictionnaire en accessoire vedette, il y a celle du dictionnaire – en plusieurs volumes de préférence – servant à rehausser l’enfant trop petit pour qu’il soit bien assis à la table des grands. Grâce aux dictionnaires qu’il a sous ses fesses, le petit est presque à la même hauteur que les autres.

C’est la preuve que dictionnaire grandit. Il a cette vertu.

Et il arrive même que le dictionnaire serve carrément d’ascenseur social. Et réellement !…

Laissez-moi vous donner un exemple… Un bel exemple !

L’écrivain Azouz Begag.

Docteur en économie, il a été, durant quelques années, chargé de recherche au CNRS ; il est, depuis 2008, professeur invité à l’Université de Californie ; et il dirige aujourd’hui l’Institut culturel français de Lisbonne.

Azouz Begag est né à la fin des années 50 dans un bidonville de la banlieue de Lyon. De parents algériens.

C’est ce qu’il raconte dans ce livre : Le gone du Chaâba. Le gone, c’est l’enfant en argot lyonnais ; et cet enfant, c’est lui. Et Chaâba, c’est le nom du bidonville.

L’enfant sent bien… sait confusément que le savoir, l’instruction, sont une chance ; une porte de sortie, de salut ! Cette instruction publique qu’est l’école et cette instruction qu’il va se donner lui-même par les livres. Par un livre en particulier : le dictionnaire. Un Petit Larousse.

Je vous décris la scène où la rencontre entre l’enfant et le dictionnaire a lieu. Elle est magnifique !

Le bidonville est à proximité de la décharge municipale. Et les jours où les camions-bennes viennent déverser le rebut de la grande ville, tout ce qui n’est plus à son goût, parce que trop vieux, trop usé ou trop abîmé, c’est la fête pour les enfants du Chaâba. Les objets rejetés par les nantis deviennent des trésors pour ceux qui n’ont rien. Ou si peu !

Un jour, Omar repère, dans le flot des déchets, un livre, un Petit Larousse un peu dépenaillé.

Vite, il s’en saisit. Parce qu’il sait tout de suite qu’il a fait là une prise exceptionnelle. Il sait qu’il tient là le plus beau des trésors ; un objet magique comme dans les contes de fée. L’objet transitionnel qui va changer sa vie, qui va lui permettre de changer de vie.

L’enfant fait donc le choix de la connaissance. Se donne, s’abandonne tout entier au désir de connaître. Désir aussi périlleux qu’impérieux.

On le voit, dans le roman, que ce chemin qu’il prend n’est pas facile ; ne se fait pas sans heurt, sans douleur. Sans arrachement.

Mais c’est le propre de toute éducation… Éduquer, s’éduquer, c’est aller plus loin. C’est conduire ses pas, sa vie en dehors, au-delà du chemin tout tracé. C’est rompre forcément avec ses origines, devenir un autre.

Pour Azouz Begag, pour sa construction en tant qu’individu, le dictionnaire a été une pierre fondamentale.

Parce que tout est là, dans les mots, dans la langue, dans sa possession et sa maîtrise.

Et le grand faiseur de dictionnaires qu’est Alain Rey ne dit pas autre chose : « Se connaître, s’exprimer, communiquer ; en savoir plus sur soi et sur le monde, tout est là, dans les mots, dans leur description contenue dans les dictionnaires. »

Et… il me semble qu’on a là, avec ce beau récit de vie qu’est Le gone du Chaâba et cette déclaration pertinente d’Alain Rey déjà deux sacrées bonnes raisons d’avoir organisé ces Journées des dictionnaires, ces rendez-vous dictionnairiques.

Non ?

Patrick ADAM

Président du collège provincial

Député provincial en charge de la Culture

Le programme! 

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